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Eloge funèbre prononcée par le Général (2s) Rémy Gausserès aux obsèques du Médecin colonel Jean-Louis Rondy, Médecin chef du 1er BEP à Diên- Biên-Phu (1926-2020)]:

 

« Mes chers compagnons, nous sommes nombreux à avoir reçu le texte envoyé par mon ami le médecin-général (2s) Francois-Marie Grimaldi, et bien sûr, je m’en suis inspiré ici.

Pour beaucoup d’entre nous c’était le colonel Jean-Louis Rondy. Pour les anciens légionnaires d’Allemagne, d’Espagne, d’Italie, c’était le docteur Rondy, qui pendant des années, les a aidés à préparer leurs dossiers administratifs complexes en vue de l’obtention de leur pension de grand invalide de guerre. Que d’honneurs, que de récompenses résument à eux seuls sa carrière, ses carrières doit-on dire,

Jean-Louis Rondy est né en 1926. Il s’engage à 18 ans au Régiment de Marche du Tchad, il combat de Paris jusqu’en Allemagne et il fête à Berchtesgaden ses 19 ans le 9 mai 45, au lendemain de l’Armistice. De cette épreuve Jean-Louis Rondy a gardé une culture de soldat.

Il commence alors une carrière de médecin militaire.

Il est allé « au-delà des mers, toujours au service des hommes » comme l’énonce la devise de l’école de Santé Navale de Bordeaux où il fait ses études jusqu’en 1952.

Les anciens de la Légion, des Troupes de Marine et du Service de Santé ont bien connu le médecin, qui, à peine sorti du Pharo, l’École d'application du service de santé des troupes coloniales à Marseille, fut à 27 ans le jeune toubib du 1er Bataillon étranger de parachutistes à Diên-Biên-Phu.

« Se préparer au pire. Espérer le meilleur. Prendre ce qui vient ». Avant même de servir en Extrême-Orient, il avait déjà fait sienne cette citation de Confucius. Je vais citer le colonel Luciani, qui étant souffrant, regrette de ne pouvoir être présent

Dans le livre qui parle de lui,  le colonel (er) Luciani dit pour la bataille de Dien-Bien-Phu :

 « Mon ami Rondy médecin lieutenant du 1er BEP est le seul qui a fait construire pour son infirmerie sur les hauteurs du point d’appui Claudine un abri à l’épreuve des 105 viets ; il disait : « Moi, j’ai vu ce que c’était des obus de 105 sur le Rhin en 1945. Alors je fais en sorte de protéger mes blessés ». Après les premières attaques son abri a été le seul à résister à l’artillerie viet, plus personne ne rigolait de ses préparatifs ! »

Toujours aux premières loges pour soigner ses blessés, le 5 mars 54 il réussit à faire évacuer le capitaine Cabiro grièvement touché, et note sur sa fiche d’évacuation « Fracture ouverte des deux jambes par grenade. Morphine, pénicilline cinq cent mille ». La tension était tombée à 4, Cabiro sera sauvé .

Des semaines de combat jour et nuit, l’ennemi, les camarades qui tombent, la mort qui rôde.

Pierre Montagnon a écrit  : « Ah, les toubibs ont aussi payé leur tribu dans les BEP ! Leur job, il est vrai, les conduit plus souvent à l’avant qu’à l’arrière. C’est là que gisent les blessés ».

C’est là que Jean-Louis Rondy a inscrit avec les médecins des autres bataillons du Camp retranché, avec son infirmier Heinrich Bauer, une page de dévouement, de sacrifice, d’humilité mais aussi de gloire. Nous ne les oublions pas.

Pour les rescapés la bataille ne s’achève pas le 7 mai à 17h30. Le plus dur les attend.

Seuls Grauwin et Gindrey ont été autorisés à s’occuper de blessés. A sa grande fureur Rondy, comme Madeleine, doit abandonner ses blessés et se joindre à la foule des marcheurs. Ils partent pour une longue marche de 700 kilomètres devant les conduire dans les camps. Quarante jours où il va soutenir de son mieux de nombreux blessés.

Rôle discret que celui du médecin militaire que d’accompagner ces moments tragiques d’une vie, en donnant les meilleurs conseils à des survivants qui s’en souviennent bien.

Certains sont ici aujourd’hui, dont William Schillardi du 8ème Choc, qui avait 19 ans, plusieurs blessures, avançait sur deux bâtons-béquilles et une jambe droite ouverte et infectée.

Le colonel Rondy avait laissé là-bas de nombreux frères d’armes,  de toutes les armes et de toutes nationalités.  Il rejoint aujourd’hui tous ses camarades.

Affecté pendant sept mois au 1er BEP, dont six à Diên-Biên-Phu après le saut du 21 novembre 1953, Jean-Louis Rondy a gardé de cette difficile et douloureuse épreuve un attachement indéfectible aux légionnaires. Il les a servis avec « Honneur et Fidélité ».

Outre le béret vert des légionnaires du 1er BEP puis du 3ème REI, il a porté le béret rouge des para colo du 6ème Régiment parachutiste d’Infanterie de Marine. Il y est aussi resté fidèle.

Jean-Louis Rondy est allé ensuite en terre africaine « porter la science au pays des Bantous », comme il le chantait avec ses camarades en quittant les amphithéâtres de son école.

Au Cameroun, en Centrafrique, au Tchad, à Madagascar, oeuvrant au profit des populations locales et confirmant son engagement de médecin de la « Coloniale ».

Après avoir quitté le service actif, il a poursuivi « la mission » au profit des anciens légionnaires et plus particulièrement ceux d’origine allemande. Il n’a eu de cesse que d’obtenir la reconnaissance due aux blessés d’Indochine ou d’Algérie.

Il a aussi voulu transmettre son expérience aux plus jeunes. Il avait été profondément marqué par la mort au combat au Tchad en mars 1970 des médecins Guy Garcia et Michel de Larré de la Dorie. Il mettait en avant une certaine inexpérience du combat et une prise de risque liée à leur volonté de secourir. Il militait pour une réelle instruction militaire des médecins. Elle fait maintenant partie de la formation des personnels du Service de santé qui partent en mission. Car malheureusement encore aujourd’hui l’ennemi tire sur les ambulances. 

Elevé à la dignité de Grand officier de la Légion d’honneur en 2014, sa grande fierté était d’avoir été fait en 1985, 1ère classe d’honneur de la Légion étrangère et d’être membre du club des chefs de section para au feu. Il y retrouvait, dans la complicité, ses amis de longue date.

Mais surtout le 30 avril 2018 il avait été le porteur de la main du Capitaine Danjou lors de la commémoration du 155ème anniversaire du combat de Camerone à Aubagne.

Jean-Louis Rondy, médecin et homme d’action, était aussi pilote d’avion après avoir été parachutiste. Modèle de médecin-soldat du XXème siècle, il était le doyen des médecins de la Légion. Il reste un exemple pour tous, « More Majorum », comme cela est toujours inscrit sur nos monuments aux Morts.

Mon Colonel, à votre fils Patrick, à votre famille, à tous vos camarades de combat et de captivité, à vos proches et amis, j’adresse, en mon nom personnel, au nom de l’Association Nationale des Anciens prisonniers Internés-Déportés d’Indochine, au nom du Service de Santé des armées,  de l’Union nationale des parachutistes, au nom de la Fédération des sociétés d’anciens de la Légion étrangère, de tout le personnel soignant qui a pris soin de vous et vous a accompagné avec tant de délicatesse, nos plus vives et nos plus sincères condoléances.

Que tous vos compagnons tombés à Dien-Bien-Phu, mais aussi Saint-Luc, Saint-Michel et Saint-Antoine, les saints-patrons des médecins, des parachutistes et de la Légion, vous accueillent dans la paix et dans le séjour de lumière.

Nous allons maintenant vous rendre les honneurs militaires, devant les drapeaux de nos Amicales d’Anciens combattants, en écoutant résonner la sonnerie qui vous honore en cet instant.

 

Général (2s) Rémy Gausserès.

 

 

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